"Jean-François MARTIN Ouest-France (23 mai 2008)
Le secrétaire général de l’Unsa est à Nantes ce matin. L’occasion d’évoquer la fusion avec la CGC. Elle fait des vagues dans les deux camps.
Q : Alain Olive, la fusion de l’Unsa avec la CGC fait tousser dans les rangs des deux syndicats. « La CGC est un syndicat de droite qui défend les intérêts des patrons », va jusqu’à dire l’un de vos militants. Qu’en dites-vous ?
R : Il faut casser cette grille de lecture politique, une tradition bien française. Ailleurs en Europe, on ne dit pas d’un syndicat qu’il est de droite ou de gauche. Logique qu’il y ait des oppositions à ce rapprochement. Depuis 1936, le syndicalisme n’a évolué que par scissions : la CGT et FO, la création de Sud par des anciens de la CFDT... Il est plus facile de « scissionner » que de faire travailler les gens ensemble.
Q : Vous avez envisagé ce rapprochement après l’accord sur la représentativité syndicale, signé notamment par la CFDT (1). Une claque, notamment pour l’Unsa, qui pèse moins.
R : C’est une erreur historique. Faire tourner le syndicalisme autour de deux organisations, CGT et CFDT, va contribuer à l’affaiblir. Je dénonce un marchandage : à vous le marché syndical, leur ont dit la CGPME et le Medef ; à nous une pratique excluant les syndicats dans les entreprises de moins de 200 salariés. Les patrons n’auront plus besoin des syndicats pour négocier. Je pensais vraiment que nous allions pouvoir créer un grand pôle réformiste. Impossible, car la CFDT estime être la seule organisation incarnant le réformisme. Une position arrogante ! Si elle avait plusieurs millions d’adhérents, pourquoi pas...
Q : Honnêtement, cette fusion avec la CGC, vous y croyez ?
R : Oui. Nous avons une volonté commune et une complémentarité : la CGC est plutôt dans le privé et nous, plutôt dans le public.
Q : L’Unsa s’oppose à l’allongement de la durée de cotisation des retraites. Vous pensez pouvoir faire plier le gouvernement ?
R : Ça va être très compliqué. En 2003, le mouvement d’opposition a été fort mais n’a pas abouti. Dans la mémoire collective, ça laisse des traces. Aujourd’hui, le gouvernement joue sur du velours.
(1) Pour qu’un syndicat soit représentatif, il faudra qu’il rassemble au moins 10 % des voix aux élections professionnelles dans les entreprises."

